En France, les femmes épargnent presque aussi souvent que les hommes, mais investissent deux fois moins qu'eux, selon le baromètre 2025 de l'Autorité des marchés financiers (AMF). Un stéréotype tenace voudrait pourtant que les femmes soient moins douées pour la gestion de leur argent, voire, comme le résumait déjà une enquête de l'Observatoire Caisse d'Épargne au début des années 2000, qu'elles soient perçues par une partie des hommes comme plus « dépensières ». Les chiffres actuels racontent une histoire différente, plus nuancée et surtout mieux documentée : ce n'est pas un manque de compétence qui explique l'écart, mais des ressources plus faibles, davantage de prudence, et un accès plus tardif à l'investissement.
Sacha Guitry, avec l'humour qu'on lui connaît, résumait le sujet à sa manière : « La réussite, pour un homme, c'est d'être parvenu à gagner plus d'argent que sa femme n'a pu en dépenser. » Le mot d'esprit a bien vieilli sur la forme ; sur le fond, les données disent aujourd'hui autre chose.
Les femmes épargnent-elles autant que les hommes ?
Selon une étude 2026 du Cercle de l'Épargne (Malakoff Humanis), 63% des femmes déclarent épargner chaque année, contre 74% des hommes — un écart qui s'explique d'abord par une réalité économique : les femmes disposent en moyenne de revenus plus faibles (3.500 € mensuels en moyenne, aides comprises, contre 4.200 € pour les hommes selon l'AMF). L'encours moyen épargné par les femmes reste également inférieur d'environ 36% à celui des hommes en 2025, d'après une étude de Natixis Interépargne.
Mais épargner est une chose, investir en est une autre. C'est sur ce second point que l'écart entre les sexes se creuse vraiment.
Pourquoi les femmes investissent-elles moins qu'elles n'épargnent ?
D'après le Baromètre AMF de l'épargne et de l'investissement 2025 (publié le 3 mars 2026), les femmes restent nettement sous-représentées parmi les investisseurs actifs : elles ne représentent que 38% des investisseurs en Bourse, 36% en financement participatif et 26% en crypto-actifs. Seules 24% des femmes déclarent détenir un produit d'investissement, contre 45% des hommes.
Cette prudence accrue se retrouve dans les chiffres sur l'attitude face au risque : 51 % des femmes refusent toute prise de risque en matière d'investissement, contre 31% des hommes. Elle s'accompagne aussi d'un déficit de confiance déclaré : seules 28% des femmes se disent compétentes en matière d'épargne et de placements, contre 51% des hommes, alors que, lorsque leurs connaissances sont réellement testées par l'AMF, les femmes surestiment en réalité moins leur niveau que les hommes (9 % répondent correctement aux trois questions du baromètre, contre 15% des hommes).
Ce même écart se retrouve sur l'immobilier locatif indirect. Selon le Baromètre AMF "Les femmes et l'investissement", les placements de type SCPI ou OPCI sont détenus par 16,5% des hommes contre 11,7% des femmes au sein des foyers interrogés, soit une répartition d'environ 58% d'hommes pour 42% de femmes parmi les détenteurs. L'écart est réel, mais il est loin d'être aussi massif que certains raccourcis pourraient le laisser penser.
Les femmes sont-elles de meilleures investisseuses ?
Une étude académique américaine désormais classique, menée en 2001 par les chercheurs Brad Barber et Terrance Odean (Université de Californie) à partir de données de courtage des années 1990, a montré que les hommes, plus confiants dans leurs choix, multiplient les transactions boursières — et obtiennent, en moyenne, de moins bonnes performances nettes que les femmes à cause des frais de transaction accumulés. Le constat, vieux de 25 ans et fondé sur le marché américain, garde une valeur pédagogique : la surconfiance a un coût, quel que soit le genre de l'investisseur qui la pratique.
Les données françaises récentes vont dans un sens comparable sans reprendre ce résultat à l'identique : les femmes qui investissent privilégient davantage les fonds diversifiés et les ETF, arbitrent moins souvent et s'exposent donc moins aux frais de transaction répétés.
La dynamique la plus intéressante vient des jeunes générations. Chez les femmes de moins de 35 ans en catégorie socioprofessionnelle supérieure, 48% investissent déjà, contre 33% des femmes de 55 ans et plus qui détiennent des produits boursiers depuis un compte-titres ou un PEA. Autre signal encourageant : les femmes sont désormais aussi nombreuses que les hommes, voire un peu plus, à choisir seules leurs placements sans intermédiaire (46% contre 43% en 2025, contre seulement 26% de femmes décisionnaires seules en 2022). Dans ce contexte, l'AMF a annoncé en 2026 le lancement d'un plan d'éducation financière dédié spécifiquement aux femmes.
Comment la SCPI répond-elle à un profil d'épargnant prudent ?
Le constat qui ressort des données AMF, une aversion au risque plus fréquente chez les femmes, davantage liée aux ressources disponibles qu'à une moindre compétence, rejoint une caractéristique centrale des SCPI : la mutualisation du risque locatif sur un grand nombre d'actifs et de locataires, et une gestion entièrement déléguée à une société de gestion professionnelle. Ce n'est pas un placement sans risque, la SCPI comporte un risque de perte en capital et de liquidité comme tout investissement immobilier, mais c'est un format qui répond structurellement à une recherche de simplicité et de mutualisation.